"Les années Sports-Etudes : 7 ans de ma vie !"
"Immédiatement, j'ai intégré un groupe de filles entraînées par Patrick Simon. Mes progrès ont été si réguliers que moins de 3 ans plus tard, je recevais une proposition de la Fédération Française de Tennis, pour intégrer le tennis/études de Blois. J'avais 11 ans. A la maison, la décision n'a pas été aussi facile à prendre que cela : mes parents craignaient que la rupture avec le milieu familial soit trop brutale. Ensemble, nous avons discuté du pour et du contre."
" C'est à l'âge de 8 ans que j'ai été détectée par la Ligue de Picardie en 1991, alors que j'étais encore en benjamine."
"Moi, j'étais sûre de mon choix : depuis toujours, lorsqu'on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais : "jouer au tennis." Alors nous avons pris le risque, et je me suis lancée dans le grand bain. Je bénéficiais d'une scolarité aménagée, et je ne m'en sortais pas trop mal. Côté tennis, c'est à ce moment-là que j'ai pris conscience qu'il fallait réellement s'investir pour progresser, aussi bien physiquement que techniquement. A cette époque, ma vocation s'est affirmée : cette envie de devenir une joueuse de tennis professionnelle, elle était là, à l'intérieur de moi."
"En classe de quatrième, j'ai intégré l'INSEP de Vincennes, à l'âge de 14 ans. Ma scolarité a changé : désormais, je prenais des cours par le CNED, aidée par des professeurs détachés qui pour moi étaient des repères très forts. Je me souviens plus particulièrement de ma prof de français et d'histoire/géo, Mme Mathat. A cette époque, elle représentait un peu mes parents. C'est également à Vincennes que j'ai fait la connaissance de Gail Lovera, qui avait ce côté " éducatrice " que j'aime tant. Peut être parce qu'elle est d'origine australienne, Gail nous faisait faire des exercices à la volée où on s'éclatait. Je me souviens très bien que c'est elle qui m'a appris à faire le revers à une main lifté. Jusqu'alors, les différents entraîneurs que j'avais eu voulaient que je joue à deux mains, peut être parce que c'était la mode. Du coup, je n'exécutais que des revers chopés à une main ! Un jour, j'en ai eu assez, et Gail m'a enseigné la technique du lift à une main : une véritable révolution pour mon jeu."
"Roland Garros : un autre monde" :
"En minimes, je commence à prendre mes marques sur le court en compétitions."
"C'est en 94, pour mes 15 ans, que j'ai intégré le Centre National d'Entraînement de Roland Garros. Un nouveau palier. Une chambre individuelle (un univers à soi, enfin !), des courts à quelques mètres, une cantine intégrée, le bois de Boulogne pour faire des footings et un entraîneur dédié à 4 joueuses : tout était vraiment fait pour que nous réussissions. Au CNE, j'ai retrouvé Patrick Simon, qui m'avait détectée 8 ans plus tôt, et j'ai franchi un nouveau cap mental en découvrant l'univers des tournois internationaux. Lorsque je repense à ces années de formation, je me dis qu'elles ont été tout à la fois très longues (7 années) et très variées parce que situées à une période de l'existence - l'adolescence - où les choses ne vont pas de soi. Avec le recul, je perçois encore plus nettement les multiples sacrifices que j'ai dû consentir pour arriver au plus haut niveau. Mais en dépit des difficultés, je tiens à signaler une chose : même dans les périodes de doute les plus terribles, ma passion du tennis a toujours été la plus forte."
" Enfant dans un monde d'adultes" :
"Une de mes premières victoires en tournoi, en championnat de France cadets en 1994... "
"Mes années de formation, entre 11 et 18 ans, ont été par certains côtés assez difficiles. Au tennis - études de Blois, j'ai vraiment découvert la solitude. D'un côté, mes camarades de classe me jalousaient parce que je bénéficiais d'horaires aménagés. De l'autre, avec mes partenaires d'entraînements, on se " tirait la bourre " pour être les meilleures sur le court. Difficile, dans de telles conditions, de se faire des amis. Et je ne parle pas de l'isolement que l'on ressent, coupé de sa famille dès 11 ans. Pas facile de vivre pleinement son adolescence lorsque l'on est immergé dans un monde d'adultes. Et combien de difficultés à surmonter ? Dans les dortoirs par exemple, où aucune intimité n'est possible. Comme ce décalage immense entre les sacrifices demandés et nos envies de vivre, de sortir pour simplement boire un coup ou aller au cinéma."
"Ça peut paraître idiot, mais le simple fait d'avoir bénéficié d'une chambre individuelle au CNE de Roland Garros a été un immense bonheur pour moi. En revanche, les plateaux-repas étaient souvent froids le soir, et le personnel masculin peu enclin à nous écouter. Je trouve d'ailleurs qu'il n'y a pas assez de femmes à la Fédération Française de Tennis. C'est dommage car cela pourrait éviter certains dérapages dont j'ai personnellement été victime et permettre à de jeunes adolescentes de bénéficier d'une réelle écoute. Je me demande où est la parité dont on parle tant actuellement ?"